Objectif Parite

L’égalité salariale, un rêve impossible ?

By 12 novembre 2020 No Comments

Le 18 septembre 2020, année de toutes les mauvaises nouvelles, les Nations Unies célébraient pour la première fois la Journée internationale de l’égalité de rémunération. Bon signe ? Non, les raisons de cette célébration ne font malheureusement pas sauter de joie. L’ONU met l’accent sur l’urgence de s’attaquer aux inégalités de salaires entre les femmes et les hommes.

 

“Aujourd’hui, au niveau mondial, une femme gagne 77 centimes chaque fois qu’un homme gagne un dollar. Dans l’Union européenne, une femme reçoit 84 centimes pour chaque euro gagné par un homme”

 

La crise sanitaire est bien évidemment un projecteur sur cette préoccupation générale. Elle accentue amèrement les inégalités et pourrait anéantir les efforts déjà fournis dans le monde. 

 

Mais avant de parler des choses qui fâchent, revenons sur les bases. 

 

Qu’est-ce qu’une rémunération ? 

La rémunération comprend toute somme payée directement ou indirectement en raison de son emploi, et ce, quelle que soit sa forme. Cette large distinction vise alors le salaire de base, mais aussi les avantages associés (primes, augmentations, gratifications, bonus, etc.). Ces critères peuvent provenir d’une décision commune, d’un usage collectif de l’entreprise, ou d’une décision exclusive de l’employeur. 

 

Qu’entend-on par un travail à valeur égale ? 

Le travail à valeur égale exige aux salariés des connaissances professionnelles et/ou des capacités similaires. Les positions sont  comparables au niveau des tâches et des responsabilités, et exigent le même investissement de base.

Comment sont mesurés les écarts de rémunération au sein d’une entreprise ? 

La première loi française sur l‘égalité des rémunérations date de 1972 (vous imaginez un peu l’efficacité des mesures 😅). Depuis début 2019, il existe un Index de l’égalité Femmes-Hommes au sein des entreprises, qui pour le coup s’avère être une mesure plus concrète. Elle prévoit une note sur 100 selon des critères gouvernementaux bien précis (si vous voulez en savoir plus on en a déjà parlé ici). Chaque résultat inférieur à 75 doit amener des dispositions pour remédier aux écarts constatés dans un délai déterminé. Le gouvernement reste clair sur le sujet : il convient à tout employeur de placer au premier rang la suppression des écarts de rémunération. Mais c’est un peu plus complexe dans les faits… 

Les gouvernements montrent chaque fois un peu plus leur volonté à changer les choses.

 

Pourtant, il y a déjà 25 ans qu’ils se sont engagés à garantir ce que l’on connaît bien maintenant : un salaire égal à travail égal. C’était à l’occasion de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin, en 1995. Aujourd’hui les temps ont bien changé, mais bizarrement, les inégalités, pas tellement. 

 

En France, le revenu salarial des femmes est inférieur de 28,5% à celui des hommes, selon l’INSEE. Ces écarts sont majoritairement observés dans le secteur privé, avec une diminution de 16,8% du salaire des femmes, pour le même volume de travail encore une fois. 

 

Les chiffres sont assez parlants, mais il faut tout de même mettre en lumière les discriminations à l’origine de ces écarts. 

Les femmes font face en silence ou dans une discussion sans fin… 

  • Aux plafonds de verres : “L’accès au 3% des emplois les mieux rémunérés est deux fois plus probable pour les hommes que pour les femmes” (INSEE).
  • À des parois de verre qui les poussent à rester dans peu de filières, et surtout dans  celles qui requièrent moins de qualifications.
  • À la diminution du temps de travail, avec des emplois à temps partiel notamment (près de 30% sont concernées).
  • À la discrimination face aux obligations familiales. 56% des femmes cadres ont subi des conséquences négatives sur leur carrière professionnelle provoquées par leur maternité (40% pour les employées, et 27% pour les ouvrières).  C’est d’autant plus le cas dans un contexte contraignant de crise sanitaire, dans lequel la femme est impactée dans ses rôles de mère, salariée, entrepreneuse, et bien d’autres. 
  • Aux manques d’opportunités liées aux primes, augmentations, avantages, etc.

 

Maintenant que les faits sont exposés, c’est le moment de redonner de la couleur à ce tableau un peu sombre. 

 

 

Les Nations Unies appellent les décideurs, les acteurs du marché du travail et la société civile à redoubler d’efforts pour mettre fin à l’inégalité de rémunération. La CNAV a même parlé d’une recette de 5,5 milliards par an en augmentant les salaires des femmes, et par la même occasion, les cotisations et le financement des retraites. 

 

 

En 2016, l’activiste féministe et docteure en économie Rebecca Amsellemm a initié un mouvement qui a pris de l’ampleur : le mouvement pour l’égalité salariale. Celui-ci détermine à quelle date symbolique de l’année les femmes ne sont plus payées pour leur travail, du fait des différences de salaires avec les hommes. D’ailleurs, vous avez déjà dû voir passer sur vos réseaux sociaux le #4novembre16h16. 

 

Cette année c’était le 4 Novembre 2020 à 16h16. 

 

C’est ce type d’action qui fait bouger les lignes, car elle parle au plus grand nombre, et elle est facile à relayer. C’est ainsi que l’on fait évoluer les choses en faveur des femmes. Mettre en avant leurs revendications, c’est traverser main dans la main ce tunnel qui nous paraît à toutes infini.

On veut vous le rappeler : Un jour, on se dira ensemble que ces injustices ne sont plus que des mauvais souvenirs.

 

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